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la nature donnant naissance à des ampoules électriques

Article de Cedric A.

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Manifeste pour un web décroissant

Publié le 09/01/2020
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Plutôt que de se parer de toutes les vertus écologistes qui ne sont là que pour se faire de la pub, notre approche du web et donc de la conception des pages web qui le composent, ne devrait-elle pas passer par une réflexion décroissante plutôt qu’un simple “greenwashing” bien trop à la mode ?

Décroître

Qu’est ce que la la décroissance ? Retourner vivre dans une grotte et s’éclairer à la bougie comme ironisent ses détracteurs ? Se passer du confort moderne ?

Et dans notre cas particulier : Est-ce faire du web moche comme dans les 90’s ? Est-ce se passer des avancées qui ont été effectuées ces dernières décennies (html5, CSS3, les frameworks JS, la gestion de plus en plus fine des BDDs) ? Est-ce seulement arrêter d’évoluer ?

Évidemment rien de tout ça. Décroître c’est justement rationaliser notre environnement à partir des avancées technologiques non pas pour en faire toujours plus mais au contraire pour faire toujours mieux.

Prenons une métaphore simple : vous avez une maison et vous avez envie qu’il y fasse bon. Pour ce faire vous avez de nombreuses pistes : vous équiper de radiateurs, refaire les joints, changer les vitres, etc. Avec les avancées technologiques, vous avez donc de nombreuses options pour arriver à votre but. Le choix qui est fait actuellement est de rajouter de plus en plus de radiateurs dans chaque pièce sous prétexte qu’ils sont de plus en plus performants et qu’ils ne consomment pas grand-chose en électricité. Ok, pourquoi pas ? Mais il sera plus efficace d’isoler correctement les murs, d’utiliser du triple vitrage, de prévoir une circulation passive à double flux avec puits thermique, etc. Bref, de rendre sa maison indépendante du système de chauffage par radiateur afin de ne réserver celui-ci qu’aux moments extrêmes ?

J’ai la chance d’habiter dans une maison conçue sur ce principe. Et bien jusqu’à des températures de -10° à l’extérieur, je n’ai pas besoin d’allumer le chauffage et j’ai un 20° constant dans chaque pièce. Je n’ai pas pour autant jeté mes radiateurs ni renoncé à mon confort. J’ai amélioré mon environnement en utilisant les avancées technologiques disponibles, afin de créer quelque chose de durable. L’avantage principal étant que si demain il y a une coupure d’électricité en plein hiver, je ne gèlerai pas. Contrairement à celui qui a fait le choix d’accumuler les radiateurs.

Pour revenir à nos sites web, nous nous devons d’appliquer la même démarche. Il s’agit d’utiliser toutes les avancées du web pour repenser et fluidifier la navigation avec une économie de moyen, tout en conservant sa destination fondamentale : partager et informer.

Un web d‘accumulation

Avons-nous besoin d’un web d’accumulation ?

Si je vais sur un site destiné à m’informer (sous n’importe quelle forme) est-il pertinent que celui-ci me distraie en bondissant dans tous les sens, en me proposant des dizaines d’actions diverses et variées ?

J‘ai conscience, comme nous tous, des études effectuées sur la nécessité de maintenir l’utilisateur du site dans un état de sollicitation permanente. Mais visiblement ces études ont été appliquées avec un peu trop d’enthousiasme.

Prenez n’importe quel site d’un journal régional au hasard : il y a 30% du contenu que vous cherchez réellement et 70% de : boutons de réseaux sociaux, abonnement à des newsletters, abonnement à une activité quelconque, sollicitation pour regarder l’article précédent, l’article suivant, la pub, des liens vers une célébrité qui fait trembler le net grâce à la voiture qu’elle conduit, ou telle série de photos incroyables « la 8e va vous étonner » et autres sollicitations, comme autant de néons d’une rue commerçante déshumanisée.

On en arrive devoir “filtrer” nos sites avec des bloqueurs de pubs pour ne plus être trop « pollué » visuellement. On voit également l’option, sur de plus en plus de sites, d’un mode de lecture « zen » qui débarrasse le texte principal de ces sollicitations visuelles. Dans les deux cas elles génèrent du traffic pour rien puisqu’elles sont affichées et aussitôt « cachées ».

Notre utilisation actuelle du web est est typiquement la position ubuesque de quelqu’un qui a trop chaud chez lui et qui, au lieu de baisser le chauffage, ouvre les fenêtres (mais persiste à laisser le chauffage à fond).

Alors bien sûr nos connexions actuelles (fibre, 4G, bientôt 5G) tiennent parfaitement la charge. Mais est-ce une raison pour accepter cette accumulation ?

Un web responsable et économe

Revenir à l’essentiel. Centrer le propos et surtout présenter ce qui est important à l’utilisateur ne doit pas nous empêcher de lui proposer tout de même de nous suivre sur les réseaux sociaux ni de s’abonner à notre newsletter. Mais il faut le faire de façon responsable, plus discrète, polie. Notre vie “virtuelle” est devenue quasiment aussi importante que notre vie réelle. Accepteriez-vous pendant une balade qu’un individu brandisse une pancarte en vous hurlant dessus pour que vous entriez dans son magasin ? Alors, pourquoi imaginer qu’il n’en serait pas de même sur le net ?

Créer un web responsable dans son contenu mais également dans sa forme passe par une économie de moyen (c’est à dire un code optimisé) et par une sobriété d’exécution (c’est à dire un visuel allégé).

Décroissance ne veut pas dire pauvreté. Personne ne souhaite des pages laides à la navigation lourde et désagréable. Au contraire, penser un web décroissant permettra de profiter encore plus longtemps de ce qu’il a a nous offrir.

Il va s’agir de construire nos sites web en pensant à l’économie. Économie de bande passante bien entendu, avec des images/vidéos optimisées et un code allégé, mais également économie de moyen avec une navigation fluide, une information pertinente, distribuée efficacement et sans pollution visuelle (ou encore pire, sonore). Il faut penser simple, efficace, direct, sans artifices et durable

Le rôle du web designer

Quel serait alors le rôle d’un web designer et d’un graphiste dans cette conception du web ? Leur présence est-elle encore pertinente ? Que peuvent-ils apporter ?

Sans prêcher pour ma paroisse, j’aurais tendance à répondre “à peu près tout”. Il s’agit de repenser entièrement un concept en l’épurant tout en gardant la modernité et les progrès acquis au fil des ans. Il s’agit également d’optimiser le site tout en répondant à ses exigences spécifiques. Enfin il sera nécessaire de continuer à le rendre attractif tout en expliquant, par son design même, en quoi il s’inscrit, de façon cohérente et réfléchie, dans une démarche économe en énergie.

Cette recherche de cohérence et d’articulation fluide entre nécessité, exigence, attractivité et modération est un travail de longue haleine qui ne s’improvise pas. Il ne suffira pas de nettoyer son site des éléments « parasites » et d’apposer un joli texte expliquant pourquoi ce site est écologique. Il faudra remettre à plat l’ensemble de ses éléments constitutifs et repenser, en profondeur, sa structure tout autant que sa destination.

Cedric A.